Depuis début 2026, les industriels du secteur de la construction font face à une accélération sans précédent des exigences européennes en matière de données environnementales. Au cœur de cette transformation : le Passeport Numérique Produit (DPP), qui devient progressivement incontournable pour accéder au marché.

Porté par deux textes majeurs — le Règlement sur l’écoconception des produits durables et le Règlement sur les Produits de Construction — le DPP marque un tournant structurel pour les fabricants.

2026 : le début de la bascule opérationnelle

L’année 2026 constitue une première étape clé. Les fabricants doivent désormais, pour certaines familles de produits, fournir des données environnementales structurées, notamment à travers des Déclarations de Performance Environnementale (DoPC).

Les produits prioritaires sont les premiers concernés :

  • béton
  • acier
  • matériaux d’isolation

Cette montée en charge progressive s’inscrit dans le cadre du Plan de travail 2025-2030 de la Commission européenne, qui prévoit une généralisation des obligations d’ici 2027 à 2030.

Le DPP : bien plus qu’une obligation réglementaire

Le Passeport Numérique Produit ne se limite pas à un document administratif. Il s’agit d’un socle de données structuré, couvrant l’ensemble du cycle de vie du produit :

  • émissions de CO₂
  • consommation énergétique
  • durabilité et réparabilité
  • recyclabilité et circularité

Accessible et interopérable, le DPP doit accompagner le produit tout au long de son cycle de vie, de la conception à la déconstruction.

Une responsabilité directe pour les fabricants

Les industriels sont désormais en première ligne. Ils doivent :

  • collecter et fiabiliser leurs données environnementales
  • structurer ces données dans des formats exploitables
  • garantir leur mise à jour dans le temps
  • assurer leur accessibilité à l’ensemble des acteurs (maîtres d’ouvrage, bureaux d’études, exploitants)

Cette responsabilité s’inscrit dans une logique plus large, renforcée en France par le Décret n° 2021-1941 du 31 décembre 2021, qui impose déjà une traçabilité accrue via la filière REP bâtiment.

Digitalisation : un prérequis devenu stratégique

Pour répondre à ces nouvelles exigences, une transformation profonde s’impose : la digitalisation des données produits.

Concrètement, cela implique :

  • la structuration des catalogues produits
  • le déploiement d’outils de type PIM (Product Information Management)
  • l’intégration des données ACV (Analyse du Cycle de Vie)
  • une collaboration renforcée avec les fournisseurs

Les industriels doivent également former leurs équipes aux nouveaux outils et aux exigences réglementaires, sous peine de se retrouver rapidement en difficulté.

Un enjeu indirect mais clé pour le décret tertiaire

Si le Décret tertiaire ne cible pas directement les fabricants, il renforce indirectement la pression sur eux.

Les maîtres d’ouvrage doivent atteindre des objectifs ambitieux de réduction de consommation énergétique. Pour y parvenir, ils ont besoin de données fiables et exploitables sur les produits — précisément ce que le DPP est censé fournir.

Des risques réels en cas de non-conformité

Les entreprises qui tarderaient à se mettre en conformité s’exposent à plusieurs risques :

  • restriction d’accès au marché européen
  • sanctions administratives ou financières
  • perte de compétitivité face à des acteurs déjà structurés

Le DPP devient ainsi un enjeu business autant que réglementaire.

opendthX : un levier concret pour accélérer la mise en conformité

Dans ce contexte, certaines initiatives prennent une dimension stratégique. C’est le cas du format opendthX, qui vise à standardiser et structurer les données produits pour les rendre directement exploitables dans les environnements numériques du bâtiment.

Comme évoqué dans cet article :
👉 https://www.datbim.com/actualites/actus/adoption-par-les-fabricants-du-format-normalise-opendthx/

L’adoption de formats normalisés comme opendthX permet :

  • de faciliter la production des DPP
  • d’assurer l’interopérabilité des données
  • de simplifier leur intégration dans les outils BIM et les plateformes numériques
  • de réduire les coûts de mise en conformité

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de répondre à une obligation, mais de structurer durablement la donnée produit.

Une transformation inévitable du secteur

Avec le DPP, l’Europe impose une évolution profonde du secteur de la construction : passer d’une logique de produit à une logique de donnée produit.

Les industriels qui anticipent dès aujourd’hui cette mutation pourront :

  • sécuriser leur accès au marché
  • valoriser leurs performances environnementales
  • gagner en compétitivité

À l’inverse, ceux qui tardent risquent de subir une transition qu’ils n’auront pas préparée.

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