Face à une dépendance croissante aux grandes plateformes étrangères, le Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique (CIANum) appelle à repenser la souveraineté numérique française et européenne. Dans un rapport publié en mai 2026, l’instance recommande d’organiser une coopération structurée entre acteurs publics, entreprises et communs numériques afin de bâtir des alternatives durables aux infrastructures dominées par les géants du numérique.
Une dépendance devenue stratégique
Pour le CIANum, la question de la souveraineté numérique dépasse largement les enjeux technologiques. La concentration du marché autour de quelques acteurs mondiaux crée des dépendances économiques, sécuritaires et politiques qui concernent aussi bien les administrations que les entreprises et les citoyens.
Cloud, logiciels, infrastructures de données, intelligence artificielle ou encore composants matériels : la maîtrise de ces briques essentielles est désormais considérée comme un enjeu stratégique pour la résilience de l’économie européenne.
Toutefois, le rapport écarte l’idée d’une autonomie complète. La souveraineté numérique n’est pas synonyme d’autarcie mais de capacité à maîtriser ses dépendances, à garantir la réversibilité des choix technologiques et à préserver sa liberté d’action.
Rompre avec l’opposition entre public et privé
L’une des principales conclusions du rapport consiste à dépasser la traditionnelle opposition entre acteurs publics et acteurs privés.
Le CIANum préconise la création de coalitions capables de fédérer administrations, entreprises, centres de recherche, collectivités et communautés open source autour de projets communs. L’objectif est de mutualiser les investissements, partager les risques et développer des infrastructures numériques ouvertes répondant à des besoins stratégiques partagés.
Pour accompagner cette dynamique, le Conseil propose notamment la création d’une « Fabrique des Communs Numériques » chargée d’identifier les dépendances critiques, de coordonner les acteurs et de piloter le développement de briques numériques ouvertes et interopérables.
Les communs numériques au cœur de la stratégie
Le rapport accorde une place centrale aux communs numériques, définis comme des ressources numériques ouvertes, gouvernées collectivement par une communauté de contributeurs et d’utilisateurs. Logiciels libres, bases de données partagées, protocoles ouverts ou référentiels collaboratifs constituent autant d’exemples de communs numériques.
Selon le CIANum, ces modèles de gouvernance offrent plusieurs avantages : mutualisation des coûts, interopérabilité, transparence et limitation des risques d’appropriation par un acteur unique. Ils constituent également un levier pour atteindre une masse critique d’utilisateurs et de contributeurs à l’échelle européenne.
Elinor.coop : une illustration concrète de la coopération entre public, privé et communs
Parmi les pistes identifiées par le CIANum pour renforcer la souveraineté numérique figure le recours à des structures de gouvernance capables d’associer durablement l’ensemble des parties prenantes d’un projet numérique. Les Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif (SCIC) font partie des modèles cités pour leur capacité à réunir acteurs publics, entreprises, utilisateurs et contributeurs autour d’un intérêt commun.
La création d’Elinor.coop s’inscrit pleinement dans cette logique. Constituée sous forme de SCIC, cette initiative a pour vocation de produire, maintenir et faire évoluer des communs numériques de confiance au service des organisations et des territoires.
Son modèle repose sur une gouvernance démocratique multi-collèges associant différents types d’acteurs : producteurs, utilisateurs, collectivités, partenaires, experts et contributeurs. Cette organisation permet d’éviter la dépendance à un acteur unique tout en garantissant une vision de long terme sur les ressources numériques développées.
Au-delà du seul développement logiciel, Elinor.coop vise à structurer des écosystèmes numériques fondés sur les principes des communs : ouverture, mutualisation, interopérabilité, transparence et partage de la valeur. Cette approche répond directement à plusieurs recommandations du CIANum, notamment en matière de gouvernance partagée, de pérennisation des communs numériques et de coopération entre sphères publique et privée.
Dans un contexte où la maîtrise des infrastructures numériques devient un enjeu stratégique, des initiatives comme Elinor.coop démontrent que des alternatives aux modèles propriétaires peuvent émerger grâce à des mécanismes de gouvernance collective et à l’engagement coordonné des différents acteurs de l’écosystème numérique.
Une ambition qui doit s’inscrire à l’échelle européenne
Le Conseil estime néanmoins qu’aucune stratégie nationale ne pourra réussir sans coordination européenne. Il recommande notamment de renforcer le rôle de l’EDIC Digital Commons, de soutenir financièrement les communs numériques stratégiques et de généraliser l’adoption de standards ouverts dans les politiques publiques européennes.
L’objectif est de favoriser l’émergence d’un véritable écosystème numérique européen capable de proposer des alternatives crédibles aux solutions dominantes tout en garantissant l’interopérabilité entre les différents acteurs.
Quels enjeux pour l’écosystème BIM ?
Pour les acteurs du BIM et de la gestion des données territoriales, ces orientations résonnent directement avec les enjeux d’interopérabilité, de gouvernance des données et de maîtrise des plateformes collaboratives.
La capacité à s’appuyer sur des standards ouverts, des infrastructures mutualisées et des communs numériques pourrait constituer un facteur clé pour renforcer l’indépendance des filières de la construction, de l’aménagement et de la gestion du patrimoine face aux dépendances technologiques actuelles.
Au-delà des questions de souveraineté, le rapport du CIANum invite ainsi à repenser la manière dont les acteurs publics, privés et communautaires coopèrent pour construire les infrastructures numériques de demain.
Dossier intégral à télécharger


