Comment mieux partager les données pour favoriser le réemploi des matériaux et réduire les déchets dans le secteur de la construction ? C’est l’ambition du projet EDCC (Cas d’usage Construction Circulaire de l’espace de données Building Data X), dont les travaux ont été sélectionnés parmi les propositions innovantes présentées à la conférence internationale APMS 2026.

Organisée du 13 au 17 septembre 2026 à Bergame, en Italie, la conférence APMS (Advances in Production Management Systems) met en lumière les innovations qui contribuent à une production plus durable, à une prise de décision fondée sur les données et à une meilleure intégration de l’humain et de l’intelligence artificielle. La sélection du projet EDCC s’inscrit pleinement dans cette dynamique.

La donnée, un levier pour accélérer l’économie circulaire dans le bâtiment

La transition vers une construction circulaire repose notamment sur la capacité à prolonger la durée de vie des matériaux et des équipements, à faciliter leur réemploi et à mieux valoriser les ressources issues de la déconstruction soignée.

Pour y parvenir, les informations relatives aux bâtiments et à leurs composants doivent pouvoir circuler entre de nombreux acteurs : architectes, bureaux d’études, maîtres d’ouvrage, fabricants, distributeurs, entreprises de déconstruction, recycleurs et acteurs de la logistique.

Or, ces professionnels utilisent des outils, des formats et des référentiels différents. Cette fragmentation des données complique leur partage, leur interprétation et leur réutilisation tout au long du cycle de vie du bâtiment.

Le projet EDCC entend répondre à cet enjeu en développant un espace de données transversal, capable de faciliter les échanges entre les différents métiers de la construction circulaire.

Une interopérabilité renforcée grâce au BIM et à opendthX

Lancé fin 2024, le projet EDCC propose une approche dans laquelle le BIM (Building Information Modeling) joue un rôle de pivot pour relier les informations issues des différents domaines.

L’objectif n’est pas d’imposer un modèle unique à tous les acteurs, mais de permettre à des systèmes d’information hétérogènes de communiquer tout en préservant le sens, la traçabilité et la cohérence des données échangées.

Le méta-modèle opendthX constitue une piste d’industrialisation de cette approche. Elle contribue à relier les modèles de données, les interfaces d’échange et les représentations sémantiques afin de faciliter leur transformation et leur réutilisation dans différents environnements.

Cette organisation doit notamment permettre de mieux décrire les composants du bâtiment, leurs propriétés et leur historique, afin que les informations utiles restent exploitables d’une étape à l’autre du cycle de vie.

Des cas d’usage concrets pour faciliter le réemploi

Le projet s’appuie sur une démarche progressive, construite à partir des besoins des professionnels. Des ateliers collaboratifs réunissent les parties prenantes pour identifier les situations d’usage prioritaires et définir les données nécessaires aux échanges.

Un premier atelier, organisé avec plus de 20 participants, a permis de partager les connaissances et de préciser les besoins de l’écosystème.

Parmi les exemples étudiés figure celui d’une fenêtre. Ses caractéristiques géométriques, ses propriétés d’isolation et les matériaux qui la composent peuvent être décrits de manière structurée pour répondre aux besoins de différents métiers.

Ces informations peuvent notamment aider à déterminer si une fenêtre est adaptée pour être réemployée ou à identifier les modalités de collecte et de recyclage appropriées. Elles peuvent ensuite être échangées et converties dans le format attendu par les systèmes d’information des différents acteurs.

Au-delà de cet exemple, l’ambition est de construire progressivement un socle commun favorisant la circulation des données entre les métiers, sans multiplier les ressaisies ni enfermer les informations dans des outils isolés.

Une gouvernance collaborative au service de l’écosystème

L’interopérabilité ne se limite pas à une question technique. Elle suppose également de prendre en compte les pratiques professionnelles, les besoins métier, les règles de partage et les responsabilités de chacun.

C’est pourquoi EDCC privilégie une gouvernance collaborative, construite avec les acteurs de l’écosystème et attentive aux besoins des PME. Les objets et les propriétés à échanger sont définis progressivement à partir de cas d’usage concrets, puis formalisés et validés collectivement.

Cette démarche vise à favoriser l’adoption des solutions, à préserver la maîtrise des données par leurs détenteurs et à développer des échanges fiables entre les organisations.

En facilitant l’accès à des données mieux structurées et réutilisables, l’espace de données peut également contribuer à créer les conditions nécessaires à une exploitation plus efficace de l’information et au développement de services numériques, notamment fondés sur l’intelligence artificielle.

EDCC : poursuivre les travaux pour passer à l’échelle

La sélection du projet EDCC à APMS 2026 souligne l’intérêt de cette approche à la croisée de la transformation numérique, de l’interopérabilité et de l’économie circulaire.

Les prochaines étapes porteront notamment sur la formalisation des objets interopérables et de leurs règles de gouvernance, la validation des mécanismes de transformation entre modèles de données et l’évaluation de leur mise en œuvre dans des scénarios concrets.

L’enjeu est de permettre une meilleure traçabilité des composants, de faciliter les démarches liées aux passeports des matériaux et de soutenir les échanges entre les différents secteurs tout au long du cycle de vie du bâtiment.

Avec EDCC, la donnée devient ainsi un levier pour rapprocher les acteurs de la construction, faciliter le réemploi des matériaux et contribuer à une économie circulaire plus opérationnelle.

Pour aller plus loin

Auteurs :

Frédérique Biennier 1, Didier Balaguer2,3, Pierre Valiorgue 3, Michel Protsenko3, Alain Berry5, Claude Sadoun5

1 INSA Lyon, CNRS, École Centrale de Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1, Université Lumière Lyon 2, LIRIS, UMR5205, 69621 Villeurbanne, France,

2 datBIM SA, 432 route du Bourg, 38620 Montferrat, France

3 Elinor.Coop, 4 avenue Raymond Poincaré, 75016 Paris, France

4 Université Claude Bernard Lyon 1, 69622 Villeurbanne, France

5 Orange Business, 100 Esplanade Charles de Gaulle, 92400 Paris La Défense,

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