Le 14 octobre 2026, à l’occasion du salon Innocity 2026, Didier Balaguer est intervenu lors de la table ronde TR2 : « Décrets BACS et Tertiaire : la mise en conformité des bâtiments municipaux tertiaires est un chantier colossal, intenable d’ici à 2030 et infinançable pour la majorité des villes ! Que peuvent-elles faire concrètement pour montrer leur bonne volonté et rester dans les clous de la légalité ? »
Des obligations réglementaires qui représentent un défi majeur pour les collectivités
Avec près de 900 millions de m² de bâtiments tertiaires en France, dont environ 25 % d’équipements publics selon les chiffres de l’ADEME cités lors de l’intervention, la mise en conformité énergétique représente un chantier considérable pour les collectivités.
Le décret BACS impose notamment l’installation de systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments, appelés GTB, selon des échéances et des seuils de puissance définis par la réglementation. Les bâtiments équipés de systèmes de chauffage, de ventilation ou de climatisation d’une puissance nominale supérieure à 290 kW sont concernés par une première échéance, tandis que les bâtiments dont la puissance est comprise entre 70 et 290 kW doivent également répondre aux exigences réglementaires à l’horizon 2030, selon les conditions applicables.
Au-delà de l’investissement nécessaire, plusieurs obstacles freinent le déploiement de ces équipements :
- Des coûts d’installation et de paramétrage élevés, liés notamment à la complexité technique et à l’interopérabilité des systèmes.
- Un manque de compétences numériques chez de nombreuses petites entreprises et chez les artisans, pourtant fortement impliqués dans les travaux de rénovation.
- Des difficultés à exploiter les données du bâtiment, faute de DOE numériques structurés et directement utilisables pour initialiser les systèmes de GTB.
Pour Didier Balaguer, il est donc essentiel d’agir dès la phase de rénovation, en permettant aux entreprises qui réalisent les travaux de produire un DOE numérique exploitable par les outils de gestion technique du bâtiment.
- Rendre le DOE numérique accessible à tous les acteurs du bâtiment
Le premier enjeu est de permettre à l’ensemble des intervenants d’un projet, y compris aux artisans et aux petites entreprises, de contribuer à la production d’un DOE numérique, véritable socle du jumeau numérique du bâtiment.
Cette démarche ne doit pas imposer de compétences informatiques avancées ni générer de coûts disproportionnés. Les données doivent être collectées et structurées au fil du chantier, afin de constituer une documentation numérique fiable et réutilisable tout au long du cycle de vie du bâtiment.
Un exemple concret a été présenté : la production du DOE numérique par les entreprises intervenant dans le projet d’agrandissement de l’école de Montferrat, en Isère.
Découvrir l’exemple du projet de l’école de Montferrat
- Assurer la continuité numérique entre le DOE et la GTB
La deuxième priorité consiste à automatiser le transfert des données entre le DOE numérique et la GTB. L’objectif est d’éviter les ressaisies, de limiter les erreurs et de simplifier l’initialisation des systèmes d’automatisation et de contrôle.
Cette continuité numérique repose sur trois leviers complémentaires.
Des référentiels standardisés et interopérables
Le référentiel opendthX et la norme européenne ETSI ES 204 114, soutenue notamment par Cinov Digital et ALLIANCE DU BATIMENT, contribuent à structurer les données et à faciliter leur échange entre les différents outils et acteurs du bâtiment.
Des outils accessibles pour intégrer les données
Les approches low-code et no-code permettent de simplifier le rapprochement entre les données issues du DOE et celles attendues par les systèmes de GTB, sans multiplier les développements spécifiques.
Dans cette logique, la plateforme Ciqo propose un module SaaS open source de visualisation de modèles 3D au format IFC et d’intégration de données opendthX.
Une passerelle vers la GTB
La mise en place d’une passerelle permettant de transmettre les données nécessaires à l’initialisation de la GTB complète le dispositif. Elle facilite le passage d’une documentation numérique du bâtiment à des données directement exploitables pour son pilotage technique.
- Réduire les coûts et valoriser durablement les données du bâtiment
En limitant les interventions manuelles, les ressaisies et les erreurs, l’automatisation de la continuité numérique peut contribuer à réduire significativement les coûts d’installation et de paramétrage des GTB.
Didier Balaguer a mis en avant un objectif de réduction de 50 à 75 % de ces coûts, grâce à une meilleure préparation des données et à leur intégration simplifiée dans les systèmes techniques.
L’intérêt dépasse la seule mise en conformité réglementaire. La constitution de jumeaux numériques interopérables permet également aux maîtres d’ouvrage de réutiliser les informations produites pour d’autres usages : exploitation et maintenance, suivi des équipements ou encore mise en place d’un carnet numérique du bâtiment.
Les données collectées pendant les travaux deviennent ainsi un actif durable, au service de la performance énergétique et de la gestion du patrimoine immobilier.
Le DOE numérique, un levier concret pour accompagner les collectivités
Face aux échéances réglementaires, la réponse ne repose pas uniquement sur l’installation de nouveaux équipements. Elle nécessite aussi de mieux organiser la production, la structuration et la circulation des données du bâtiment.
Le message défendu par Didier Balaguer à Innocity 2026 est clair : rendre le DOE numérique accessible à tous, automatiser les échanges avec la GTB et réduire les coûts d’intégration sont trois leviers complémentaires pour accompagner les collectivités dans la rénovation énergétique de leur patrimoine.
En s’appuyant sur des standards ouverts, des outils accessibles et une continuité numérique pensée dès le chantier, les acteurs du bâtiment peuvent transformer une contrainte réglementaire en opportunité d’amélioration durable de l’exploitation des bâtiments publics.


